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Au programme : un troll génial sur LinkedIn, pourquoi les gens ne changent pas d’avis, comment gérer un “drama” YouTube - plus des interviews avec le plus gros influenceur crypto sur YT en France, une légende du développement personnel, et le podcasteur préféré des startuppeurs.

Durée de lecture : 7 minutes.

Bonjour,

Après quelques semaines d’absence pour travailler sur de gros projets derrière les coulisses, le Mix du Lundi est de retour !

Au programme : un troll génial sur LinkedIn, pourquoi les gens ne changent pas d’avis, comment gérer un “drama” YouTube  - plus des interviews avec le plus gros influenceur crypto sur YT en France, une légende du développement personnel, et le podcasteur préféré des startuppeurs.




1. Vous ne pouvez pas faire changer les gens d’avis

a. Le troll

Un lecteur du Mix m’a suivre ce post, qui est devenu viral sur LinkedIn (l’auteur revendique 5 millions de vues) :


Sans surprise, c’est la guerre du feu dans les commentaires :



Évidemment, c’est un troll - le post est volontairement écrit pour provoquer des réactions.

L’objectif annoncé par Kamel Benkennine (“Journaliste chez La presse du peuple”) est de montrer que les gens s’insurgent et commentent sans prendre le temps de lire.



Mission réussie.

Les lecteurs sont en autopilote et réagissent au quart de tour pour protéger “leurs valeurs” face à “l’ennemi”.

Mais ça, c’est attendu.

Ce qui est le plus intéressant est que même après qu’on leur ai montré leur erreur, la plupart des commentateurs refusent de l’admettre.

La conversation typique se déroule comme ça :

Commentateur A : “Donner le sein, c’est naturel ! Si ça te plaît pas, c’est que t’es un sale misogyne”.

Commentateur B : “Haha, tu t’es fait avoir ! Il faut lire jusqu’au bout !”.

Commentateur A : “Ha c’est beau le journalisme !!! Vous devriez être sur BFM !!! Mais où va le pays si les journalistes s'abaissent à ça.”

Les commentateurs qui se sont fait piéger sont souvent incapables de dire “haha tu m’as bien eu Kamel !”.

Au contraire, ils sont encore plus furieux.

Mais la raison d’origine de leur colère a disparu (Kamel n’insulte pas vraiment les mamans qui donnent le sein !) - et donc ils cherchent une nouvelle raison d’être en colère :

  • “C’est de la provoc’ délibérée”
  • “Vous cherchez juste à faire le buzz”
  • “Ca n’est pas du journalisme “

Ma réponse préférée (après avoir mis un commentaire qui commence par “J'ai allaité mes trois enfants…” et s’être fait répondre “Lisez bien le texte jusqu'à la fin et vous comprendrez”) :



b. Dissonance cognitive


Après avoir publiquement exprimé une opinion, la plupart des gens sont incapables de changer d’avis.

Même quand on leur montre clairement que leur opinion initiale était due à une erreur.

Ne pas lire le post jusqu’à la fin est une erreur d’inattention, que nous commettons tous de temps en temps.

Mais refuser de comprendre après qu’on vous ait expliqué est beaucoup plus étrange.

La cause est le concept psychologique de “dissonance cognitive” :

Dissonance cognitive : En psychologie sociale, la dissonance cognitive est la tension interne propre au système de pensées, croyances, émotions et attitudes (cognitions) d'une personne lorsque plusieurs d'entre elles entrent en contradiction l'une avec l'autre. Le terme désigne également la tension qu'une personne ressent lorsqu'un comportement entre en contradiction avec ses idées ou croyances. (Wikipedia)

Ici, la dissonance vient du fait que le commentateur énervé se retrouve avec des croyances contradictoires dans son cerveau :

  1. “Je suis une personne intelligente, qui ne se fait pas berner facilement”.
  2. “Je me suis fait berner facilement”.

Et aussi :

  1. “Kamel est une pourriture car il déteste les femmes qui allaitent”.
  2. “Kamal n’a rien dit de négatif sur les femmes qui allaitent”.

Pour résoudre cette contradiction mentale, il y a plusieurs solution possibles.

Vous pouvez admettre que vous avez fait une erreur et avez attaqué Kamel sans raison (changer la croyance 1 dans chaque binôme)...

… ou vous pouvez maintenir votre image de vous même comme “une personne intelligente et morale”. Pour ça, il faut tordre la vérité. C’est ce que choisissent la plupart des gens.

Vous pouvez alors :

  • Maintenir contre toute évidence que Kamel est misogyne (“je ne vois pas le rapport avec les tongs”, “j’ai tout lu et ça ne change rien à ce qu’il a dit sur cette femme qui allaite”, etc...)

  • Trouver une autre raison d’être furieux contre Kamel, qui justifie votre attaque initiale (“c’est indigne d’un journaliste d’essayer de faire le buzz comme ça”, etc…)


c. Drama YouTube

Un ami m’a demandé conseil récemment :

Suite à une vidéo YouTube, il se trouvait dans une controverse avec d’autres chaînes.

Les choses étaient passées en quelques jours de “on n’est pas d’accord sur les faits” à “ce gars est un menteur, un arnaqueur et un manipulateur”.

Il se retrouvait inondé de commentaires injurieux, d’attaques personnelles, etc…

Que faire ? Faut-il faire une vidéo de réponse ? Quelle posture adopter ?

J’ai une certaine expérience du drama YouTube, à la fois en tant que spectateur et instigateur.

Certaines de mes vidéos rentrent même dans cette catégorie, comme “Tibo InShape”, “Emmanuel Fredenrich”, “Aude WTFake” (qui a contribué à enterrer la chaîne), et “Théories du complot”.

Et j’ai toujours pensé que “qui vit par l’épée meurt par l’épée”, et qu’il y aura un jour une vidéo d’un gros YouTubeur qui attaquera ma chaîne et “prouvera” que je suis le pire escroc qui ait jamais marché sur Terre.

(Ca n’est pas dur de créer un dossier contre quelqu’un en étant assez sélectif et en tordant les faits.

Par exemple, la principale pièce à conviction contre Antoine BM dans la fameuse vidéo de Aude WTFake était qu’il utilise une adresse de domiciliation pour son entreprise - ce qui est le cas de tous les entrepreneurs du web qui n’ont pas de bureaux. C’est une accusation idiote, mais c’était présenté comme une “investigation” qui laisse à penser que le gars cache des trucs pas nets…)

Donc j’ai passé un certains temps à réfléchir à cette question : comment réagir aux attaques (en commentaires, ou pire, en vidéo) ?

Voilà ce que j’ai conseillé à mon ami :

1. Part du principe que les gens qui te détestent ne vont jamais changer d’avis.

Une fois que la croyance est implantée, elle persiste même si tu montres point par point que l’attaque initiale était factuellement fausse.

Les haters diront “oui, mais [insérer ici une nouvelle raison de te détester, qui n’a rien à voir avec l’attaque initiale]”.

2. Comme dans un débat politique, le but d’une vidéo de réponse sur YouTube n’est PAS de convaincre les gens de changer d’avis, mais de galvaniser ton propre camp.

Démonter point par point les attaques de ton adversaire est important (surtout si elles sont factuellement fausses), mais pas pour les raisons que tu imagines.

Ceux qui te détestent déjà ne changeront pas d’avis. Ils ne regarderont probablement pas ta vidéo. S’ils la regardent, ils ne feront que chercher des raisons de te critiquer.

Une vidéo de réponse s’adresse à tes fans. Eux n’ont pas été convaincus par la vidéo d’attaque (la dissonance cognitive joue dans les deux sens, et même si tu as commis une erreur, la plupart de tes fans te défendront aveuglément).

Tes fans vont jubiler en te voyant “détruire ton adversaire” dans une vidéo.

3. La majorité des gens sont encore neutres, même s’ils ont vu la vidéo qui t’attaque.

Même s’ils ont trouvé la vidéo convaincante, ils n’ont sans doute pas commenté. Pour eux, la dissonance cognitive n’a pas encore pris.

Ils peuvent donc être convaincu.

Comprends qu’il ne se sentent pas personnellement impliqués. Ils suivent l’affaire comme d’autres suivent la télé-réalité ou un match de catch : parce que c’est divertissant.

D’ailleurs, le catch est une bonne analogie pour le drama YouTube : c’est un vrai sport, avec des vrais coups et la possibilités de vraiment se blesser...

… mais il y a une grosse part de spectacle. Le catcheur exagère le conflit, il fait semblant d’avoir mal même quand son adversaire retient ses coups, etc…

Et surtout, le match existe non pas pour prouver qui est le plus fort, mais pour divertir l’audience. Sur YouTube, c’est la même chose. Si le drama n’était pas divertissant, il aurait lieu derrière les coulisses en message privé. Ou il n’aurait pas lieu du tout.

Le vote populaire ne va pas à la personne qui a objectivement raison - mais à la personne qui a le mieux joué sur les ficelles du divertissement, du tribalisme et de la dissonance cognitive.

4. Si tu veux frapper très fort dans ta vidéo de réponse, trouve un moyen d’impliquer personnellement ces “spectateurs neutres”.

Par exemple, dans ma vidéo sur l’affaire “Aude WTFake / Lama faché / Antoine BM”, je montre en quoi les attaques envers Antoine BM pourraient s’appliquer à quasiment n’importe quel entrepreneur du web.

Je change le sens du drama de “Antoine se fait attaquer” à “Notre tribu se fait attaquer”. Beaucoup d’entrepreneurs m’ont écrit pour me remercier de cette vidéo, comme si j’avais défendu leur honneur personnel.

Évidemment, c’est à ces entrepreneurs que ma chaîne s'adresse. La personne lambda qui imagine que “faire de l’argent, c’est mal” ne changera pas d’avis. (Personne ne critiquerai le Lama Fâché si la chaîne n’était pas aussi rentable).

Donc si 99% de mon audience cible pense que j’ai raison, mais seulement 50% du grand public, j’ai techniquement gagné.

5. Une conséquence surprenante de ça : il est possible (et même commun) que les deux opposants d’un drama soient gagnants.

Leur deux côtés ont gagné aux yeux de leur audience, et ont perdu aux yeux d’une audience qu’ils n’auraient de toute manière jamais touché.

Exemples : PewDiePie vs T-Series. Jake Paul vs Le reste de YouTube. Les féministes vs les anti-féministes.

6. Un drama prend beaucoup de temps et d’énergie.

Tu n’es pas obligé de répondre. Calcule soigneusement ce que tu perds à rester silencieux, et ce que tu as à gagner avec une controverse - et ne réagit que si tu penses que ça vaut le coup.

Une réponse appelle une contre-réponse.

Mais la personne qui t’attaque ne peut pas continuer à s’acharner sur toi si tu ne lui donne rien en échange.

Un match de catch n’est pas intéressant si un des combattants refuse de lutter.

7. Cette idée se généralise au marketing et à la persuasion en général.

On imagine que le marketing, c’est convaincre les gens de changer d’avis.

Mais c’est très rarement le cas… parce que les gens ne changent pas d’avis.

Le marketing, c’est trouver les gens qui sont déjà prédisposés pour être d’accord avec toi, et les convaincre de rejoindre ta cause.




2. Les publications Marketing Mania des dernières semaines

Update : Le Guide du Copywriting Ecommerce va commencer en fin de semaine. (Inscription ici).

4 podcasts ont été publiés pendant que le Mix était en pause :


J’ai moi-même été interviewé sur Growth Makers : Marketing Mania : Devenir la plus grosse chaîne Youtube de marketing en France

J’y explique ma stratégie de croissance sur YouTube.

Extrait :

“Tout bon contenu n’a pas l’objectif d’être viral. C’est important à comprendre. Il y a un entonnoir de ventes, […] je vais faire du contenu viral mais aussi du contenu qui va faire approfondir les gens dans mon entonnoir de ventes”




C’est tout pour cette semaine.

À lundi prochain !

Stan


PS : qu’avez-vous pensé de ce nouveau format pour le mix ? Avez-vous des questions ou des remarques sur les manières d’utiliser la dissonance cognitive ?

Répondez à ce mail et faites moi savoir ! Je lis toutes vos réponses par mail (même si je n’ai pas le temps de répondre à tout le monde).
PS 2 : Si vous recevez cet email sans être abonné à ma newsletter cliquez ici et inscrivez-vous pour recevoir les prochains Mix du lundi.
 

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